Théâtre : elle sera « Margot » pour Laurent Brethome

Le metteur en scène yonnais prépare une nouvelle adaptation du texte de Christopher Marlowe « Massacre à Paris ». À l'occasion d'une résidence de la compagnie Le menteur volontaire au Grand R, nous avons rencontré Tatiana Spivakova, celle qui y interprètera le rôle de Marguerite de Valois.

 

Qu'est-ce qui vous a amené à monter sur les planches ?

Je viens d'une famille d'artistes. Mon père est violoniste et chef d'orchestre et ma mère est comédienne. J'ai passé mon enfance entre les salles de concert et les plateaux de théâtre. Je suis passée par le conservatoire de musique où j'ai étudié la flûte traversière. Parallèlement, j'ai intégré l'atelier théâtre au collège. Alors que je ne supportais pas de jouer de la musique en public, je m'amusais beaucoup sur les planches.

Vous choisissez donc le théâtre...

Oui, cela s'est fait petit à petit. J'ai quand même suivi un cursus universitaire autre. Une fac de lettres modernes, puis histoire de l'art et une année à l'École du Louvre. C'est au bout de cette année que j'ai pris ma décision. J'ai alors enchaîné le Cours Simon, le Cours Florent en libre, puis le Centre National d'Art Dramatique à Paris avec une année effectuée à Londres. Quand j'y repense, cela fait 8 ans d'études ! Je me suis complètement engagée car on ne peut pas faire ce métier à moitié.

Vous souvenez-vous de la première pièce jouée au collège ?

« Le Roman de Renart » ! « Le Dialogue des Carmélites » aussi. Et Tchekov ! Je jouais souvent des hommes. Des rôles qui m'amusaient beaucoup.

Comment avez-vous intégré l'équipe du Menteur ?

De façon fortuite. Laurent Brethome avait en tête une autre comédienne pour le rôle de Margot, mais cela n'a pas pu se faire. Nous nous étions déjà croisés et Laurent m'a appelée un peu au dernier moment pour me proposer le rôle. J'étais déjà engagée dans pas mal de projets (Tatiana joue et met en scène aussi pour sa Cie Memento Mori. NDLR). Là, je jongle un peu avec mon emploi du temps pour être sur tous les fronts.

 

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Tatiana lors des répéption sur la scène du Grand R. Photo : Philippe Bertheau

Que connaissiez-vous du personnage de Margot et comment l'avez-vous abordé ?

J'avais vu le film de Chéreau bien sûr. Et j'avais lu Dumas et le texte de Marlowe. Un texte exigent. J'ai envie de donner une vraie place au personnage, de lui apporter une légitimité. C'est une pièce très phallocrate. Elle doit trouver sa place sur le plateau et dans l'histoire, la grande comme la petite. Au-delà de sa beauté, cette femme est une figure emblématique. Elle est cultivée, ouverte à l'autre, elle parle plusieurs langues (tout comme la comédienne. Tatiana parle français, anglais, espagnol et russe, sa langue natale NDLR). Je suis fascinée par ces femmes-là. J'aimerais lui donner du pouvoir. D'ailleurs en russe, pouvoir est un mot féminin. Et puis, c'est amusant de jouer une reine de France, moi qui ne suis pas française par le sang. 

La pièce parle d'un thème encore très actuel. C'est important de le traiter encore aujourd'hui ?

Oui. Et c'est pour cela qu'il ne faut pas faire n'importe quoi. On ne peut pas en faire une blague, même si on peut tout à fait rire. C'est un engagement important et il faut être à la hauteur. Je considère le théâtre comme un outil citoyen et un moyen d'aller vers l'autre. Il permet de suspendre le temps et de réfléchir, de regarder et d'écouter l'autre. Ce qui permet de poser un regard sur nous-même. C'est nécessaire aujourd'hui et plus que jamais. 

Un mot sur la pièce

"Margot" débute à la fin de la cérémonie du mariage forcé entre Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Un événement prélude à la révolte des catholiques contre les protestants et qui débouchera sur le massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572. La pièce est une adaptation du texte de Christopher Marlowe, un contemporain de Shakespeare.

Après une "maquette" de cette pièce réalisée avec des étudiants et une première adaptation en extérieur lors du festival Les Esquisses d'été, Laurent Brethome, metteur en scène et directeur aristique de la compagnie yonnaise Le Menteur volontaire, décide de créer une vraie production théâtrale, en plateau, à la hauteur de la pièce. Une entreprise délicate. En effet, l'oeuvre comporte une soixantaine de rôles et sa mise en oeuvre nécessite une trentaine de personnes dont 17 comédiens. Une entreprise audacieuse pour une compagnie de province, compte tenu des conjonctures économiques du spectacle vivant et de la culture en général.

Ajoutons à cela le thème sensible des rivalités inter-religieuses, plus que jamais dans le feu de l'actualité. Une pièce qui a déjà valu à son metteur en scène d'être égratigné par certaines organisations religieuses ou civiles plutôt conservatrices.  Des attaques qui ne semblent pas pour autant refroidir les envies de créer et de s'exprimer de Laurent Brethome.

Coproduite par une demi-douzaine de structures, "Margot" sera créée en novembre prochain à la scène nationale d'Albi. Elle sera jouée à La Roche les 30 novembre et 1er décembre 2017 au Grand R.

 

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