Quand un Yonnais nous parle des soldes...

Les soldes, c'est forcément une histoire de femmes! Ben oui, vous avez vu, vous, beaucoup de publicitaires, à La Roche-sur-Yon ou ailleurs, s'adresser directement à ces messieurs quand il s'agit de soldes ? Les magazines aussi en parlent généralement et exclusivement au féminin. Mais pas La Roche & elles. Nous, on a décidé de ne pas faire comment tout le monde. Et c'est un homme qui relève le défi de témoigner sur cette grande période d'effervescence féminine. Un témoignage courageux, poignant et anonyme. Appelons-le Gabriel. 

"Comme la Coupe du Monde de foot et les coquillettes-jambon à la cantine, inlassablement, ils reviennent. Attendus tel le messie, tant par le camelot que par le chaland, ils sont de retour : les soldes."

"Cette période de l'année révèle chez nos compagnes (chez les miennes en tout cas) des comportements jusqu'ici insoupçonnés. Nous leur découvrons de surprenantes capacités à mettre en oeuvre techniques et stratagèmes, pour dénicher au détour d'un rayon ou d'un bac de chiffons en vrac, LA bonne affaire du moment."

"Car en période de soldes, la femme ne pratique pas l'acte simple de « faire les boutiques». Elle l'élève au rang d'art. Elle sublime le décrochage de cintre, elle magnifie le dégarnissage de stand."

"Avec une précision presque scientifique, elle assemble, coordonne, juxtapose ce petit haut qui rehausse son teint, avec ce pantalon qui avantage si bien ses formes. Forte qu'elle est de ce savoir-faire, développé au cours d'années d'apprentissage avec maman et optimisé par de longues heures de repérages."

"Et nous, pauvres sherpas d'un jour, nous suivons d'échoppe en bazar, chargés de paquets toujours plus nombreux et d'incompréhension grandissante. Nous observons incrédules nos chères et tendres savamment inspecter l'étoffe, à la recherche du moindre défaut. Fascinés que nous sommes par l'habilité qu'elles ont à virevolter entre les portants, à disparaître derrière le rideau pudique de la cabine d'essayage. C'est alors que dans un ultime élan de fierté masculine, nous nous postons devant ce symbolique rempart. Et tel Cerbère face à Hercule, nous faisons barrage de notre corps à qui tenterait de violer l'éphémère isoloir, d'ou nous parviennent les sons froissés des effets qu'on abandonne, alimentant une imagination déjà tellement sollicité par tant d'effervescence féminine."

"Et nous restons là, debout car les marchands de fripe n'ont pas pensé à nous, la paire de chaussure à -50 % dans une main et le sac de madame dans l'autre. Essayant tant bien que mal de rester digne et de contenir notre impatience."

"Cette année, j'ai fait les soldes seul, le premier jour, avant même le douzième coup de midi. Un seul magasin : deux pantalons, deux chemises et deux pulls pour à peine 120 euros. Le tout en moins de 45 minutes..."

 

Crédit photo: Philippe Bertheau.