Prénom : Sophie. Profession : chauffeuse de bus à Impuls'Yon

Si pendant longtemps, certaines professions étaient plus masculines et d’autres plus féminines, aujourd’hui, les choses ont heureusement évolué. Et dans les deux sens. L’infirmière peut être un infirmier et l’"institutrice" de maternelle ... un "instituteur" ! A l'inverse, les professions de boucher, de boulanger ou de chauffeur de bus se féminisent. Rencontre avec Sophie, conductrice à Impuls'Yon , le réseau yonnais de transports en commun. Son parcours, son quotidien mais aussi les préjugés du début,  Sophie se confie à La Roche & elles.

5h45. Vendredi matin, le réveil sonne. Il ne faut pas traîner, j’ai rendez-vous avec Sophie, conductrice de bus, au dépôt du réseau Impuls'Yon, à deux pas de la gare de La Roche-sur-Yon. Pour mieux comprendre sa profession, je fais avec elle, ( j e vous rassure, je n’ai pas pris le volant !) la première partie de sa journée. Vite, vite, vite! Il ne faut surtout pas être en retard !

6h35. Nous montons dans le bus 59. Mis en marche avant notre arrivée, le moteur ronfle déjà. Sophie s’installe, prend ses repères, allume le GPS. Derniers petits réglages, Sophie est prête, il est l’heure.

6h 41. Marche arrière, nous partons. Direction " Les Robretières ", point de départ de la ligne 4 , terminus " Les Jardins de l’Ornay ".

7h14. Arrivée au terminus. Nous prenons les premiers passagers, puis demi-tour vers "Les Robretières". La ville se réveille, les passagers répondent présents. Certains disent "  bonjour " , d’autres à peine réveillés, montent sans même nous regarder. Quelques-uns demandent gentiment un ticket. Arrêt. Descente de passagers à l’arrière, montée à l’avant.  Vérification que tous ceux qui voulaient descendre soient bel et bien descendus, fermeture des portes, c'est parti. Dans le rétroviseur, un monsieur court, il va rater le bus. Ouf! Sophie l’a vu. Nous avons le temps, arrêt. Le monsieur monte, remercie Sophie. On redémarre.

La circulation s’intensifie, il faut rester concentré sur le parcours, ne pas dévier la ligne du circuit.  "On ne peut pas dire, je pensais  être sur la ligne X, je suis sur la ligne Y et  je n’ai pas tourné au bon endroit. Il y a un timing à respecter ",  dit Sophie .

Rester vigilant, avoir l’œil partout : devant, derrière, sur les côtés, voir les piétons qui traversent en dehors des passages protégés, certains courent. Se coordonner avec les vélos et les voitures qui ne laissent pas le bus décrocher de son arrêt. Dans ce grouillement de circulation, Sophie reste imperturbable, calme, et toujours souriante, agréable. «  Bonjour  », sourit-elle aux passagers qui montent, même s’ils ne le disent pas !

C’est reparti. Stop, feu rouge. Rue étroite, il faut faire attention. Oui, madame !Il faut reculer, le bus est plus large que votre  voiture, difficile pour lui de faire marche arrière. Merci madame ! De retour en bout de ligne, nous nous dirigeons sur le " circuit violet ". Il s’agit de récupérer des enfants dans le quartier du Coteau pour les emmener à l’école primaire du Bourg. 

8h 54. Retour au dépôt. Première coupure de la journée pour Sophie. Moi, la simple passagère, je suis vidée !.... Sophie, elle, est toujours aussi souriante.

Devenue conductrice de bus par hasard, Sophie s'est prise au jeu

Sophie a choisi ce métier par hasard. A 16 ans, elle fait une formation de vendeuse par la voie de l’apprentissage. Plus tard, elle se tourne vers les métiers de la restauration : d'abord comme"crépier-pizzaïolo" dans un camion, puis en gérance d'une crêperie. Lors d’une période de chômage, en 2001, l’ANPE lui propose un stage de quatre mois comme conductrice de bus, avec un travail  à la clé. Jeune femme dynamique, ayant le goût des voyages et de la liberté, Sophie accepte la proposition."  J’en avais assez d’être au chômage ! ",  raconte-t-elle. 

Sophie s’est prise au « jeu », la formation lui a plu. Elle commence par les voyages scolaires, puis part sur les routes, pour des voyages touristiques sur une longue distance. Elle intègre à Evreux l’équipe de conducteurs de bus de la ville, pendant neuf ans. Arrivée en Vendée, elle postule à La Roche-sur-Yon, à Impuls'Yon.

"En tant que femme, je me suis faite chambrée gentiment. Maintenant, c'est fini!"

Exercer cette profession, pour une femme, n’est pas une évidence. Il y a d’abord le regard des autres. Conduire un bus a longtemps été un métier davantage réservé aux hommes. " En tant que femme, je me suis faite chambrée gentiment. Au début, on parlait de moi en disant, "petit bout de femme". Maintenant, c’est fini. Nous sommes désormais sur un même pied d’égalité avec nos collègues masculins. Nous sommes une bonne équipe et on s’entend plutôt bien ."

Certes, Sophie aime conduire mais se retrouver assise sur le siège conducteur d’un bus, ce n’est pas la même chose qu’au volant de sa petite voiture. " Au départ, c’est très impressionnant, on a une sensation de gêne, le volant est énorme, c’est lourd. Les premiers bus que j’ai conduis avaient un levier de vitesse. Aujourd’hui, les mécanismes ont changé et c’est plus simple ".

Sophie travaille sur 4 jours en heures coupées. Sa journée type de travail ? 6h30-9h ; 11h-14h ; 14h40-19h ou 7h30-10h ; 12h-14h19 ; 15h52-20h50. Des horaires très très précis. Avec une telle amplitude, "les heures de repas ne sont jamais les mêmes et pour gérer la vie de famille, c’est parfois compliqué. Il faut s’organiser. Entre les coupures, je peux gérer mes affaires personnelles mais parfois c’est trop court . On a parfois à peine le temps de se poser qu’il faut repartir. Le plus dur, c’est l’après-midi".  Ses trois jours de repos ne sont pas forcement à suivre et ne sont jamais les mêmes jours. Afin de pouvoir s’organiser, son planning est annuel.  

Pour devenir  conducteur de bus ... 

Il faut obtenir le permis C (transports en commun) et avoir suivi la Formation initiale minimale obligatoire (FIMO). Vous pouvez passer un CAP en deux ans (Agent d'accueil et de conduite routière, transport des voyageurs ou Conducteur routier marchandises). Les sociétés de transports en commun disposent de leurs propres formations : Titre professionnel de conducteur du transport routier interurbain de voyageurs ; Titre professionnel d'agent commercial et de conduite du transport routier urbain de voyageurs. Enfin, l’AFPA (Formation Professionnelle Pour Adultes) organise la formations d’une durée de trois mois environ. Plus d'infos sur le site de l' Onisep .

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