On s'incline devant "La Vénus à la fourrure"

Jusqu'au 17 décembre, la programmation "art et essai" du Cinéville de La Roche-sur-Yon met à l'affiche "La Vénus à la fourrure". Le premier film de Roman Polanski réalisé en français met en scène une lutte des sexes.

 

Emmanuelle Seigner est Wanda, une déesse, une Vénus moderne et majestueuse. Cette déesse merveilleuse se révèle cruellement ingénieuse lorsqu'elle installe son jeu de séduction et de possession. La résistance de Thomas est instinctive, inutile et interprété par un Mathieu Amalric juste et passionnant par son jeu et sa ressemblance physique avec Polanski.

Le huis clos, pratique récurrente chez le réalisateur (Locataire, Carnage), se déroule dans un théâtre. Les protagonistes sont au nombre de deux mais leur personnalité est plurielle et l'univers est remplit.

Seul dans un théâtre parisien, la journée s'achève tout comme la liste des auditions catastrophiques qu'a dû subir Thomas. Il se lamente au téléphone et se prépare à partir. C'est à ce moment que surgit Wanda, une actrice écervelée, vulgaire, débridée mais pleine d'énergie. Elle fera tout pour obtenir le rôle. A contre cœur le metteur en scène accepte de lui laisser une chance. Une métamorphose divine s'opère alors dès que Wanda se met à interpréter le personnage dont elle partage le nom. Elle incarne parfaitement le rôle. Les répliques, elle les connaît toutes, l'audition se prolonge. Thomas succombe et passe de l'attirance à l'obsession.

Le film joue sur et avec l’ambiguïté. Ambiguë n'est-ce pas ? Les rapports hommes femmes, la relation entre le jeu des acteurs, leur propension à se perdre à l'intérieur de ce qui est un jeu en soit. Et enfin la frontière subtile entre domination et soumission.

Mais cette ambiguïté n'est pas ambiguë puisqu'elle encense le thème même de l’ambiguïté. Nous ne sommes pas au cinéma, nous ne sommes pas au théâtre, nous sommes les simples spectateurs d'un déferlement de passions. Les bases sont évidemment littéraires, c'est la pièce de David Ives inspirée du roman érotique de Sacher-Massoch. Les effets sont inévitablement comiques et l'on se surprend à pouffer et à s’esclaffer tant l'intrigue est captivante et rythmée.

Le film descend le long d'une pente sadomasochiste. Le dénivelé se fait menaçant au fil des scènes. Les conséquences sont envisagées avec un sourire malicieux. On devine le danger mais on se plaît à voir Thomas y sombrer. Wanda piège ouvertement sa victime qui ne fuit pas mais court vers son bourreau.

Ici victime s'écrit au masculin et bourreau au féminin.

 

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