Leur métier ? Techniciennes de spectacle

Lucie et Géraldine sont techniciennes du spectacle. Intermittentes, les deux femmes évoluent dans un milieu encore très masculinisé. Coup de projecteur sur leur parcours professionnel et comment elles conjuguent leur métier avec leur vie privée.

Le grand hall du Cyel, nouveau pôle culturel yonnais, résonne des derniers préparatifs à son inauguration. Face à la bibliothèque, les deux femmes s'affairent autour d'une structure en polystyrène, dont elles s'appliquent à la construction. D'après Brice, décorateur pour le cinéma et responsable de l'opération, il est rare d'avoir deux femmes pour lui prêter main forte.

Des parcours différents

Élevée en Afrique, Lucie revient en France à l'âge du lycée. Elle suit dans la foulée des études de technicien dans l'audiovisuel. "J'ai toujours eu envie de faire du film d'animation." Elle travaille un temps à Paris dans le dessin animé. Elle se tourne ensuite vers le cirque et, de retour dans la région, accompagne la compagnie Cabadzi durant une dizaine d'années. "Là, je me suis formée sur le tas grâce à la polyvalence nécessaire à cette branche du spectacle." Depuis, sous le statut d'intermittente, elle travaille entre Nantes et La Roche pour les structures culturelles de la région.

Après des études de psycho un peu "ennuyeuses" , Géraldine intègre de son côté une formation en régie lumière au sein de l'asso nantaise STAFF. Elle profite de ses premières interventions sur différentes scènes pour continuer à se former. Depuis 12 ans, elle possède son statut d'intermittente du spectacle, même si c'est un peu plus compliqué dernièrement pour cumuler les 507 heures obligatoires. "Avec la crise, on est moins appelé par les structures qu'avant",  explique-t-elle. Car en période de difficultés économiques, la culture est bien souvent la variable d'ajustement dans les budgets.

 

Lucie
Lucie habite Saint-Hilaire de Riez et travaille le plus souvent à Nantes et à La Roche.

Lever les clichés

Parfois physiques, souvent contraignants de par les horaires décalés, les métiers techniques du spectacle sont encore principalement exercés par des hommes. De fait, les femmes sont assez souvent obligées de faire leurs preuves, quand elles collaborent avec une nouvelle équipe. "Les mecs ont parfois des a priori sur nos capacités" , indique Lucie. "Mais en nous voyant travailler, ils se rendent compte que nous sommes tout aussi capables qu'eux." Parfois, l'attitude des hommes sur un plateau prend une tournure plus surprenante. "Ils sont souvent trop attentionnés et proposent de faire le travail à notre place",  ajoute Géraldine. Bref, dans un cas comme dans l'autre, les clichés ont encore la vie dure et les femmes doivent plus ou moins passer par une mise à l'épreuve.

Mais être une femme dans ce milieu peut aussi s'avérer être un atout. La filière se bouche petit à petit et les équipes intègrent de plus en plus de personnels féminins. De fait, elles peuvent se retrouver privilégiées pour des missions. Brice, le décorateur, apporte également un autre éclairage : "A compétences égales, il arrive qu'on préfère avoir une femme pour un poste dans l'équipe, pour calmer un peu les mecs. Ils sont souvent beaucoup moins lourds et moins grossiers quand une femme travaille avec eux."

 

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Géraldine habite à Nantes. Elle travaille régulièrement à La Roche pour le Grand R.

S'organiser et penser à l'avenir

Pas toujours facile de conjuguer sa vie privée avec le côté aléatoire du métier, surtout en terme de rythme de travail. Le spectacle, c'est le plus souvent le soir, et il n'y a pas toujours de distinction entre la semaine et le week-end. Jeune maman, Lucie doit composer avec l'éducation de son enfant et le métier de son compagnon, intermittent lui aussi. "On essaye de s'organiser le mieux qu'on peut. Mais il nous arrive parfois, mon ami ou moi, de refuser une commande pour pouvoir rester avec notre fils." Et la jeune femme d'avouer organiser des réunions familiales, avec prise de rendez-vous, pour caler l'organisation du foyer ! 

Sans enfant, Géraldine ne connaît pas ces contraintes là. Mais c'est sur un autre terrain que la difficulté peut se manifester. À 43 ans, elle envisage déjà la suite de sa carrière. "Je n'imagine pas m'éloigner des plateaux de théâtre. Mais j'ai conscience qu'en avançant en âge, ce sera de plus en plus difficile de finir les démontages de décors à 2 heures du matin et de travailler les week-end."  Elle ne se voit pas pour autant redevenir salariée. "J'ai besoin de ce statut pour ma vie personnelle. J'aime vraiment ce rythme, cette liberté, découvrir de nouveaux lieux, rencontrer de nouvelles personnes." Peut-être pourra-t-elle évoluer vers un poste dans un atelier de décors, grâce aux compétences en menuiserie qu'elle possède également. Ou tout simplement faire confiance à sa bonne étoile pour rebondir.  "Parfois le hasard fait bien les choses",  conclut-elle.

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