"Flo" photographie les femmes et les sublime

Florent Sorin est un photographe yonnais autodidacte de 31 ans. Il y a deux ans, il quitte son travail dans la grande distribution pour vivre sa passion pour le 8e art. Portrait d'un ultra-sensible révolté.

 

 

Vous êtes un parfait autodidacte. Avez-vous  un complexe d’infériorité par rapport aux photographes “professionnels”?

Non, je n’ai ni de complexe d’infériorité ni de supériorité. La photo, c’est une question de sensibilité, de personnalité. Ce que le pro pourrait apporter, c’est une maîtrise de la lumière en studio et un point de vue technique que je n’ai pas. Y a sûrement un tas de choses à redire sur mes clichés. Moi, je fais juste travailler mon œil. Je suis un électron libre. Je n’ai pas envie de me mesurer à d’autres photographes.

Ceci dit, j’ai encore dû mal à me dire que je suis photographe véritablement. Peut-être parce que je suis autodidacte. Ou bien parce que je suis quelqu’un d’éparse. J’aime la photo mais j’aime aussi beaucoup écrire et j’ignore lequel de ces deux arts me plaît le plus.

Le festival La 7e Vague, à Brétignolles, a fait appel à vous pour couvrir la dernière édition. Cela devrait vous rassurer, non?

C’est vrai qu’on fait appel à moi parce que l’on reconnaît mon travail. En 2012, je suis venu à la 7e vague en tant que bénévole de Graffiti Urban Radio. J’ai pris pas mal de photos. L’équipe les a vu tourner sur le site de la radio, sur les réseaux sociaux. Et c’est eux qui m’ont rappelé. Sur les festivals, beaucoup de photographes se concentrent sur les artistes. Moi, à minuit, je pars avec mon appareil et je photographie le off, des bénévoles aux festivaliers installés sur le camping. J’aime montrer ce qu’on ne voit pas forcément. Et c’est ça que  les organisateurs ont apprécié.

Vous avez aussi photographié quelques-unes des plus jolies femmes du département. Que ressentez-vous quand une telle opportunité s’offre à vous?

J’exulte, je danse, bref, je m’exprime! Je suis content. Après, je me mets toujours un peu de pression, c’est aussi ma nature. J’aime bien travailler dans l’urgence ou dans la fatigue. C'est comme ça que je suis le meilleur. Repousser mes limites me permet de découvrir des facettes insoupçonnées de ma créativité, d’explorer des pistes de travail plus inattendues. J’aime aussi le fait de ne pas savoir où l’on va. On trouve un endroit, c’est pas calculé. Les séances sont rapides et intenses, maximum deux heures, souvent épuisantes. Et pourtant les photos dégagent quelque chose de fort. C’est la magie de l’instant.

Allez-vous chercher vos modèles ou est-ce elles qui viennent à vous?

(Rires). Un peu les deux. Les jeunes femmes que j’ai photographiées ne sont pas des modèles. Pour la plupart, elles n’ont jamais posé avant. Et pour des tas de raisons différentes, elles en sont arrivées à le faire devant mon appareil. Ce sont souvent des amies. Avec moi, c’est cool, je ne suis pas un “pro”. Elles ont moins d’appréhension qu’avec un “professionnel” et osent enfin tenter cette expérience qui les taraudait depuis un moment.

Parfois, il y a des rencontres surprises...

Il m’est arrivé en sortant de concert de tomber sur une très jolie jeune fille. J’ai tout de suite su que mon réflex numérique voudrait la prendre en photo. Mon appareil me sert un peu d’alibi... Je suis allé la voir pour lui demander. Je pense qu’elle m’a pris pour un barjo. 48 heures plus tard, j’avais un coup de téléphone. C’était parti et on a fait une belle séance photo.

A travers vos photos, avez-vous percé le secret du mystère féminin ?

Flo_3_Credit_Florent_Sorin.jpgLoin de là. Ça se saurait! (rires). Non, il ne faut pas percer ce secret. Il ne faut pas tout expliquer. Faut que ça reste un mystère. C’est ce qui fait que ce monde est encore un peu magique. Le jour où on dira “on a expliqué l’amour, le coup de foudre”, je sais que certains y travaillent, ça sera triste. Je ne veux pas savoir ça. Il y a des choses qui doivent rester des “pourquoi”, tout le temps. Si on explique tout, il n’y a plus rien à vivre.

Certaines de vos photos sont sexys mais jamais vulgaires. Comment se déroule la séance ?

Je ne dis rien à mes modèles. A la limite, je trouve un endroit. Ce qu’elles veulent montrer, ce qu’elles veulent donner, ça leur appartient. Ce n’est pas moi qui les incite à prendre telle ou telle pose, je ne les guide pas. C’est en ça que je ne suis pas photographe d’ailleurs. Le professionnel, il va leur dire “mets-toi à gauche, mets-toi à droite”, ça dure des heures.

Ce sont elles qui proposent de faire tomber la chemise ?

Oui. La retenue, elle vient de moi. J’ai été le premier surpris quand le modèle auquel vous faîtes référence a décidé de poser comme ça. Moi, j’avais juste la mission de la rendre jolie. Je ne savais pas que ça serait aussi dénudé - on ne voit qu’un dos-. Si c’est ce qu’elle veut donner, je dois le prendre, tout simplement.

Pensez-vous avoir une sensibilité féminine ?

Je ne sais pas si elle est féminine. Tous les hommes ont un côté féminin. Certains ne veulent pas le voir. Moi, j’assume complètement. Après je parlerai plutôt d’ultra-sensibilité.

Ma sensibilité, je la montre maintenant, mais enfant, c’était terrible. Pour des tas de raisons, je n’ai pas pu faire ce que les autres faisaient à mon âge. On se moquait pas mal de moi. Et puis, à partir du moment où je me suis dit “j’en ai rien à foutre, je fais ce que je veux”, il devient plus facile de montrer. J’essaie d’apporter à un peu de joliesse à ce monde dur, de montrer ce qui est beau dans les choses simples. Aujourd’hui, je sais qui je suis et je l’assume complètement. Et plus on sait qui on est, meilleur c’est. Ceci dit, je n’ai pas encore tout à fait confiance en moi. Je suis une espèce de compromis un peu bizarre, le type bien dans ses baskets mais pas tout le temps et pas avec tout le monde. J’ai besoin parfois de rester seul trois jours.

Vous êtes un boulimique de lecture. Un livre à conseiller aux lectrices de La Roche & elles ?

Flo_2_Credit_Florent_Sorin.jpg“Pas de temps à perdre” de Régis De Sa Moreira, un auteur franco-brésilien que j’adore. C’est l’histoire de Ben et Fontaine. Le couple se rencontre dans des conditions assez loufoques. Ils habitent une ville où tout change tout le temps de place. On est entre le conte et l’histoire d’amour. Ce livre renvoie une image très libre de la femme. Sans tabou.


En (sa)voir plus. Florent Sorin est présent sur Flickriver.com.  Un site est en cours de préparation. Il anime aussi une chronique littéraire sur Graffiti Urban Radio, “Bouquin, bouquine”.

 

 

 

Ce que ses modèles disent de lui…..

Amandine_M_Credit_Florent_Sorin.jpgAmandine, 31 ans. “J’ai rencontré Florent à Graffiti Urban-Radio. J'ai tout de suite accroché avec lui, touchée par sa culture littéraire et sa personnalité. J'ai découvert ses travaux photographiques et j'ai retrouvé dans ses clichés cette même sensibilité qui l'habite ainsi qu'un travail remarquable au niveau de la lumière et des prises de vue. Flo est une personne vraie et authentique. On a discuté de ce que qu'on voyait comme ambiance. On est tombé d'accord pour une session naturelle et intime, sans artifices et surtout sans aucune vulgarité. J'ai laissé le maître saisir ces instants, marmonner entre ses dents entre deux éclats de rires. Le résultat me plait énormément et est complètement à l'image de ce que je désirais et des émotions que je voulais faire passer. Pari tenu, chapeau l'artiste !  “

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