Emmanuelle Roux : l'innovation numérique for ever

L'Innovation week s'achève demain. L'occasion de découvrir une pionnière dans le monde des fablabs : Emmanuelle Roux. Installée à La Roche-sur-Yon depuis près de dix ans, elle est la co-fondatrice de La Forge des possibles et du Zbis .

Emmanuelle Roux : trois mots pour vous définir?

Objets connectés, FabLab et Education.

J'ai grandi avec l 'informatique , avec le code. J’ai fait partie, dans les années 80, de ces enfants qui ont profité du plan informatique pour tous . On nous apprenait à coder avec la petite tortue logo. J’ai continué à me passionner pour le code tout au long de mes études qui étaient pourtant du côté littéraire. Àrrivée dans le monde professionnel au milieu des années 90, le Web devient naturellement mon terrain de prédilection.

Pendant dix ans, j'ai accompagné les entreprises, décideurs et territoires pour adapter leurs activités et organisations aux évolutions portées par Internet. En 2006, je m’installe en Vendée et je crée en 2008 l’agence “Les Clefs du Net”(conseils dans le domaine d'internet et plus précisément la gestion des outils collaboratifs, les réseaux sociaux, ou encore les applications web).

Passionnée pour les objets connectés, je découvre en 2010 les FabLabs , ces espaces de fabrication numérique. Je croise la route de Laurent Ricard à ce moment là et nous décidons de fonder deux FabLabs, celui de de l’Université de Cergy-Pontoise en région parisienne, le FacLab , et la Forge des Possibles en Vendée (ndlr : n'existe plus pour l'instant).

En 2013, nous poursuivons l’aventure des FabLabs et de la transition numérique  en créant SC21 , une société de conseil qui accompagne les organisations et les entreprises dans cette transition. La même année, nous sommes lauréat de l’appel à projet FabLab de Fleur Pellerin avec notre projet de FabLab et micro-usine locale et partagée. Le zBis a ouvert ses portes à La Roche-sur-Yon au printemps 2014.

 

Fablab ? Quésaco ?

FabLab, c'est la contraction de l'anglais "Fabrication" et "Laboratory" pour Laboratoire de Fabrication. Les FabLabs sont de "nouveaux" espaces de création. L'objectif de ces lieux, c'est de démocratiser la fabrication numérique personnelle, de se ré-approprier la technique et les enjeux.

C'est Neil Gershenfeld , professeur à la prestigieuse université du M.I.T. à Boston, qui en est à l'initiative au début des années 2000, pour ses élèves étudiants ingénieurs. Son nouveau cours "Comment fabriquer à peu près tout et n'importe quoi" rencontre un franc succès. Avec son équipe, il met à disposition des étudiants un espace en accès libre avec des machines et des outils jusqu'alors réservées aux industriels ou aux artisans comme par exemple les machines à découpe laser se pilotant par ordinateur. Le premier FabLab est né.

Les FabLabs sont donc des lieux d'expérimentation : des lieux où l'on encourage le vivre et surtout le faire ensemble. On a le droit d'explorer des terrains inconnus, de produire pour soi sans avoir la contrainte du “est-ce que ça va se vendre”, mais on a aussi le droit d’y venir pour explorer des idées de création de produit à vocation commerciale et confirmer sa bonne idée ou au contraire se rendre compte de son échec assez tôt.

Les FabLabs sont encore peu connus du grand public. Il est difficile d'y faire le premier pas. C’est pourquoi nous partons de plus en plus à la rencontre de ses potentiels usagers pour en vanter les mérites des Fablabs. Nous avons par exemple pu initier les touristes à la main verte  au Potager Extraordinaire  l’été dernier.

Aujourd'hui, on recense plus de 560 Fablab dont 58 rien qu'en France. Nous sommes la seconde communauté la plus active après les États-Unis qui en comptent plus de 100.

 

L'Innovation numérique au féminin : où en sont les femmes (de celles qui innovent à l'accès au numérique pour toutes les femmes ici et ailleurs). Défavorisées ? Favorisées ?

Dans le numérique, les femmes sont souvent en sous nombre dans les métiers techniques, notamment dans les métiers liés au développement informatique par exemple. Nous les retrouvons plus souvent dans les filières de communication liées aux nouveaux métiers du web (rédaction web, community management, gestion de projet...).

Dans ma propre entreprise, je suis moi-même loin d’être exemplaire en terme de parité puisque l’équipe de ma structure ne compte que deux femmes pour six hommes.

Cela dit, des initiatives louables comme celle de Simplon.co , une école de formation au code, émergent sur le territoire pour réduire ces inégalités, notamment en formant plus de femmes aux métiers du numérique.

La semaine prochaine, j’emmène d’ailleurs mon équipe à Paris pour participer au Hackathon Women Innovation dont l’enjeu sera de trouver des solutions pour améliorer la parité en entreprise.

Au-delà du numérique, des réseaux comme Business au Féminin se créent également pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin.

 

Et les plus jeunes ? Les Fablabs, c'est aussi pour eux ?

C’est particulièrement recommandé pour eux, c’est un axe fort de notre activité locale avec zBis.  Depuis la rentrée, nous avons monté un club spécial FabLab pour les 9 - 16 ans.

C’est impressionnant de voir à quel points certaines pratiques qui semblent incroyablement novatrices chez les adultes sont déjà assimilées par les enfants comme quelque chose de banal (normal). Voir se matérialiser sous leurs yeux, un porte-clé créé et modélisé par une autre personne à l’autre bout de la Terre, puis modifié par leur soins et enfin imprimé en 3D à La Roche-sur -Yon serait presque naturel.

Certaines situations sont très amusantes. Il arrive de voir Aladin, 14 ans, expliquer à Matthieu, 27 ans, comment fabriquer un robot de toutes pièces. Derrière, lui, Maël crée une pièce en 3D sur un logiciel de modélisation appelé Sketchup sous les yeux attentifs de Franck, son père. Et à côté, mon fils aîné de 12 ans qui apprend à son petit frère de 9 ans à construire son premier jeu vidéo sur Scratch , une plateforme de création de jeux-vidéo interactive, abordable dès l’âge de 8 ans.  

L'innovation numérique : ludique ou rébarbative pour le grand public ?

L’innovation numérique peut être très rébarbative pour les non-initiés, surtout si l’on entre dans un des débats très techniques trop avancés qui seront vite incompris. Elle devient ludique à partir du moment où l’on passe à l’action par le “faire”. C’est aussi l’intérêt d’espaces comme les FabLabs où vous pouvez expérimenter et partager librement.

Beaucoup de citoyens avides d’expliquer leur passion créent de plus en plus de passerelles pour aborder la technique sans s’en mordre les doigts. L’arrivée d’Internet a permis à beaucoup de monde de partager une passion et des créations d’un bout à l’autre du globe.

Aujourd'hui, il existe par exemple de nombreuses portes d'entrées pour se former au code informatique, via des plateformes comme CodeAcademy ou en suivant des tutoriels chez les Français de Openclassrooms dont le niveau augmente naturellement au fur et à mesure que l’on progresse. D’autres plateformes de partage de modèles en 3D comme Thingiverse ou Instructables permettent aussi au plus grand nombre de donner une seconde vie à leurs créations.  Les exemples et les plateformes ne manquent pas.

À zBis, nous avons justement cet objectif d'avoir de nombreuses portes d'entrées pour faciliter l’accès d’un FabLab aux novices. Vous n’avez pas besoin de diplômes ou de savoir-faire technique avant de passer la porte de ce type d’espace où le droit à l’erreur est inscrit dans nos commandements. Aujourd’hui, vous pouvez par exemple apprendre à lancer une impression 3D, découper un sticker, faire votre premier piano-banane interactif grâce aux Makey-Makey ou votre sonnette de maison connectée avec les LittleBits en moins d’1h45.  

Article partenaire Oryon / Innovation week.

Crédit photo : Ophélia Noor.

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