Charlotte Gabris : "Il n'y a pas d'humour au féminin"

Charlotte Gabris est la marraine des Scènes du Souffleur 2014, le concours d'humour du festival Le Souffleur d'Arundel (Les Sables d'Olonne). L'humoriste suisse prend son rôle très au sérieux. Elle nous parle aussi de l'humour au féminin… ou pas. Rencontre.

Charlotte Gabris , vous êtes marraine d'un festival pour la première fois. Quel effet ça fait ?

C'est la première fois que je suis marraine tout court! Je suis très heureuse. Même mes copines ne voulaient pas que je sois marraine de leur enfant. Je prends donc ce rôle très au sérieux.

C'est une responsabilité ?

C'est une grosse responsabilité parce que je ne peux pas le faire qu'une seule année. Faut que je sois là à chaque anniversaire, que je m'occupe de ce festival, que je revienne chaque année, que je m'installe en Vendée. Donc, oui, c'est un sacré choix. Je le prends donc très à coeur.

Chaque vendredi, le festival propose un concours pour les jeunes humoristes, Les Scènes du Souffleur. Et cette année, on constate une inscription record de femmes. La parité s'installe dans l'humour. Enfin ?

Je trouve que c'est une très bonne chose. Après, tant que ça étonnera, c'est qu'il y aura un problème. Le jour où ça ne sera plus le cas, là, on aura franchi un cap. Mais pour l'instant, ce n'est pas encore le cas.

Comment expliquer cette "percée" féminine dans l'humour ? C'est dans l'ère du temps? C'est gràce à des filles comme Florence Foresti ou comme vous même qui ont dépoussiérées, l'humour au féminin ?

Oui. Peut-être. Mais des choses comme le Jamel Comedy Club où il y a quelques filles y ont aussi contribué.  Et bien sûr Florence Foresti a ouvert la voie à toute une génération de filles humoristes. Elle a donné envie à beaucoup de filles de faire ce métier.

Existe-t-il selon un humour au féminin ? Et si oui, comment vous le définiriez ?

Pour moi, il n'y en a pas. L'humour n'est ni au masculin ni au féminin. Y a de l'humour, c'est tout. Soit quelqu'un est drôle, soit il ne l'est pas. Si une fille est drôle, c'est parce qu'elle a du talent et non parce que c'est femme. Dire qu'il existerait un humour au masculin ou au féminin, ça serait cliché. Penser que les humoristes mecs sont vulgaires, parlent de c… ou que les filles parlent de régimes, ça serait réducteur. Bref, l'humour n'a pas de sexe.

Est-ce qu'il y a quand même des sujets dit "féminins" dans votre spectacle ?

… Oui. Enfin, plus que des sujets typiquement féminins, ce sont simplement des histoires du quotidien d'une femme. Je parle un tout petit peu de maternité où je dis que j'aimerai bien avoir un enfant mais juste deux ou trois mois pour essayer. Je parle aussi des mecs mais trois minutes seulement sur une heure 15, justement parce que je n'ai pas envie de rentrer dans le cliché des filles qui parlent des mecs, du style "nous aussi, on va vous en mettre plein la gu…". Non, y a pas trop de ça. Ce sont plus des personnages.

Vos sketchs pourraient donc aussi bien être joués par un homme ?

Oui, sauf quand je dis "j'aimerai bien être maman".

Quelle femme humoriste vous a marqué ou vous inspire encore aujourd'hui?

Julie Ferrier. J'aime beaucoup. Je suis très admirative de son parcours. C'est une comédienne incroyable. Elle ne s'enferme pas dans un créneau. Elle fait du cinéma, elle fait des pièces. Elle joue dans une troupe avec ses amis, elle a fait du théâtre de rue. Elle a fait plein de choses et elle est extrêmement talentueuse.

Jouons la parité. Et du côté des hommes, quel humoriste admirez-vous ?

Ricky Gervais. C'est un humoriste anglais qui a fait la série The Office et qui y est hyper drôle. Il présente souvent la cérémonie des Oscars. Il a un humour très abstrait, noir.

Qu'est-ce-qui vous fait rire dans la vie et que l'on peut retrouver dans vos spectacles ?

Les situations que l'on prend à contre-pied, le décalage. Je suis une grande fan d'Albert Dupontel dans sa façon d'inventer des personnages qui sont très méchants mais qui sont extrêmement bien joués. Ca me fait rire. On retrouve cet esprit dans mon spectacle. Bon, bien sûr, pas à la hauteur d'Albert Dupontel. J'aime aussi Patrick Timsit, bref, tous les gens qui vont un peu loin.

Vous citez deux comédiens à l'humour grinçant. Est-ce qu'il y a des sujets que vous vous interdisez ?

Non, pas spécialement. Mais après, je n'ai pas vraiment d'humour noir. Ceci dit, j'essaie de ne jamais aller dans la vulgarité. C'est la seule barrière que j'ai. Je suis un peu prude par rapport à ça. Par exemple, j'ai dit trop de fois "merde", faut que je l'enlève. Les gens se moquent de moi, parfois. La peur de dire des gros mots, c'est mon côté suisse.

En résumé, l'univers de Charlotte Gabris, c'est quoi ?

C'est pas que de l'humour. Mon envie, c'est de toucher les gens, pas forcément que les gens soient morts de rire du début à la fin. J'ai donc rassemblé des choses qui me touchent comme par exemple des vers de Musset. Y a un autre moment où je pleure sur une chanson d'Adèle parce que je dis que c'est la musique la plus déprimante du monde et que même si on gagne au loto, si on l'écoute, on est triste. J'aime bien passer d'une émotion à l'autre et que les gens sortent en se disant "il y a des moments où j'étais triste, d'autres où j'étais en colère, d'autres encore où j'ai ri, des moments où j'ai été choqué aussi." 

Quels sont vos projets ?

Au cinéma, j'ai eu la chance récemment de jouer un petit rôle dans le film "Baby sitting" qui a très bien marché. Du coup, j'ai eu quelques propositions depuis. J'ai également terminé d'écrire mon premier long métrage. Je me concentre pas mal sur le cinéma en ce moment.

Revenons aux Scènes du Souffleur. Un petit mot, un conseil aux jeunes humoristes qui vont tenter leur chance cet été ?

Ca fait un peu cliché mais ne cherchez pas forcément à gagner ce concours. Ce que je veux dire, c'est que je n'ai jamais gagné aucun concours mais j'ai toujours fait des rencontres intéressantes dans les festivals et ça m'a beaucoup appris. Faut pas se dire que ce sont forcément ceux qui gagnent un concours qui vont aller plus vite que toi. Faut juste être content et profiter de jouer devant un public. Il ne faut pas stresser en se disant "oh là là, est-ce que je vais gagner ?" et au final tu ne profites même pas des 200 personnes qui étaient là alors que tu as eu un beau public. 

Charlotte Gabris co-présentera le show final le vendredi 22 août à 21h à la Tour d'Arundel.

Article en partenariat avec Le Souffleur d'Arundel. Extrait à lire aussi dans La Gazette du Souffleur distribuée cette semaine sur le festival. Retrouvez toute la programmation sur le site du Souffleur d'Arundel et dans notre agenda. 

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