Anne Groisard : « je suis une migrante »

A l’occasion du Festival Migrant’ Scène organisé par la CIMADE du 15 au 28 novembre,  Anne Groisard, une vendéenne en voyage pendant 10 ans,  expose une série de portraits de femmes « migrantes » à la maison de quartier Jean Yole, La Roche-sur-Yon. Elle nous livre le récit de son projet.

Age : 40 ans.

Origine : Vendée.

Couleur : blanche

Yeux : ouverts.

Permis : migrante.

 

 

 

« Quand tu es de l’île d’Yeu, soit t’as envie de découvrir le monde soit de rester sur l’île ». En terminale littéraire A2 et « pas très bonne en langues », Anne Groisard décide de partir apprendre sur le terrain. Elle ne sait pas pour combien de temps. Elle ne sait pas de quoi elle vivra mais « c’est pas grave, l’important c’est d’y aller. Le reste on verra ». 10 ans de voyages. 10 ans de migration. De petits boulots en rencontres. De rencontres en projet humaniste. « Etre ouvert à l’acceptation de l’autre, qu’il soit femme, qu’il soit migrant, qu’il soit différent de soi est l’objectif de ce projet humaniste qui se décline en LIVRE et en EXPOSITION PEDAGOGIQUE.  Migrantes : un pas vers toi, un pas vers moi ?

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Comment est né votre projet de livre photographique MIGRANTES?

Un jour une amie de Saint-Gilles-Croix-de-Vie m’a dit : « C’est super tu fais des voyages, mais fais-en quelque chose. » De là, l’idée d’un livre sur la place de 3 femmes en Amérique centrale. Mais arrivée au Costa Rica, on m’a fait comprendre que le projet était un peu ambitieux.  Moi je suis migrante, alors pourquoi pas en interroger d’autres ? Le projet démarre au Costa Rica puis s’arrête pendant 3 ans en République Dominicaine en 2008. Ce projet, c’était à la fois une construction personnelle et professionnelle. Un peu paumée,  je ne me sentais ni de République Dominicaine ni de France et j’ai rencontré quelqu’un sur mon chemin. Après notre séparation j’ai repris le projet en 2011.

 

Pourquoi avoir choisi le thème des femmes migrantes ?

Parce que je suis une femme et que j’ai été une migrante. Tout simplement. Et aussi parce que j’ai souvent entendu : « Toi c’est pas pareil, t’es pas une migrante». Bah si c’est pareil. Je vais dans un autre pays. Je  suis migrante au même titre qu’un africain qui vient en France ou qu’un philippin qui va en Arabie saoudite. On me dit que je ne suis pas une migrante parce que je ne suis pas pauvre. Faux. Pour beaucoup, les migrants viennent des pays pauvres prendre le travail et le pain des autres. Faux.  Les gens confondent.  Les gens pauvres ne peuvent pas sortir de leur pays. Ceux des bateaux de Lampedusa ont quand même payé des milliers d’euros ! La CIMADE a retenu mon expo, car mes portraits de femmes ne se limitent pas à des femmes pauvres qui vont vers des pays riches. Milet en est l’exemple flagrant : c’est une aristocrate anglaise qui a tout quitté alors qu’elle était dans un cocon en Angleterre. On peut tous  être migrant un jour.

Milet0.jpgQuelle est la migrante  qui vous a le plus touchée ?

Milet justement. Elle a des choix de vie magnifiques. Elle a tout osé, tout fait. Après on peut dire : elle est anglaise elle a de l’argent. Mais elle n’en a pas toujours eu. Elle a traversé des galères monstrueuses dans sa vie mais a toujours continué à rouler sa bosse.

 

 

Quel est le message de ces femmes?

Un message d’optimisme, de courage, de beauté et de couleurs. D’ailleurs quand mon éditeur m’a proposé un livre en noir et blanc,  j’ai refusé. Avoir des photos en noir et blanc avec des portraits colorés, c’est juste pas possible ! 

 

Eudine.jpgDans quel contexte avez-vous interrogé et pris les photos de ces femmes ?

J’ai rencontré chaque femme entre 30 minutes et une heure. Elles m’ont confié une partie de leur vie, certaines de leur vie intime, pour comprendre leur migration. Un rapport de confiance doit d’instaurer, et c’est seulement après que tu peux prendre une photo. J’ai refusé les photos posées genre « magazine de mode », attachée à l’authenticité de la personne dans son histoire.  Mon matériel est un Pentax K1O D : ni Nikon ni Canon (sourire) ! Mais je ne me revendique pas photographe professionnelle. Mon projet est un projet global avec le lien au cœur qui s’est construit et enrichi au fur et à mesure.

 

Une exposition était-elle dans votre projet de départ ?

Non. Au départ je ne voulais faire qu’un bouquin. Mais un bouquin,  tu peux le voir par hasard dans une librairie, chez quelqu’un, mais ça n’a pas la même diffusion qu’une expo gratuite. Revenue à l’Ile d’Yeu pour écrire, j’ai donc proposé une exposition à la mairie.

 

Comment cette première exposition sur l’île d’Yeu a-t-elle été accueillie par les habitants?

Beaucoup d’émotions. Je voulais provoquer des chocs, des émotions, des discussions. Tous les objectifs ont été atteints. Au départ, cela n’a pas été facile d’attirer les gens de l’île sur ce thème. Encore plus avec ce titre : MIGRANTES.  J’ai travaillé avec des acteurs locaux, organisé des débats sur l’autre en lien avec les maisons de retraite, inventé des contes avec des élèves. Mon objectif est de combattre les préjugés, la peur de l’inconnu et de créer du lien.

 

Une dame à l’Ile d’Yeu vient me voir et me dit :

- Milet n’a rien à faire dans cette exposition. Ce n’est pas une migrante.

- Bah pourquoi ? Ca fait 30 ans qu’elle est partie de chez elle, donc je pense que si, elle a sa place.

- Moi j’ai vécu à l’étranger et je ne me suis jamais considérée comme une migrante.

J’avais envie de lui dire : bah si c’est pas du néocolonialisme ça, je sais pas ce que c’est !

 

Comme vous, votre exposition Migrantes va voyager ?

Oui. C’est une exposition itinérante grâce à la magie des rencontres. J’ai rencontré Nicolas et Sylvie, responsables de la CIMADE 85 qui m’ont parlé du thème du Festival Migrant’Scène cette année : regards croisés sur la migration. Adoptée par la CIMADE, mon exposition sera ainsi; non seulement à La Roche, mais aussi dans 12 autres villes de France.  Je prépare une traduction en espagnol pour la mener encore plus loin.

Avez-vous un autre projet photographique en tête ?

Oui. Je vais sortir du thème du voyage mais resterai dans le lien, l’ouverture à l’autre. Je resterai dans cette dynamique du social et des projets humanistes. Je ne ferai pas un projet sur les chiens, c’est pas mon truc (rires) !

L'exposition : "MIGRANTES"

Le Festival Migrant’Scène est le geste culturel de la CIMADE, une association de solidarité active avec les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés. Elle agit pour le respect des droits et de la solidarité humaine.

www.facebook.com/migrantscene.laroche

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Une exposition itinérante avec un stop à La Roche-sur-Yon :

A la Maison de quartier Jean Yole, impasse Jean Bart, La Roche-sur-Yon.

Du 15 au 28 novembre 2013.

Dédicace Anne Groisard le vendredi 15 à 17h30.

12 panneaux de 60 x 80 cm comprenant la photographie de chaque femme migrante avec son récit et une citation en exergue. Des panneaux informatifs sur la migration dans le monde.

Une bande-son avec la présentation de ces femmes dans leur langue natale.

Un livret ludique et pédagogique pour les 8 -12 ans.

Un livre recueil de 96 pages en couleur. 34 témoignages sélectionnés sur les 45 femmes rencontrées, avec récit biographique et portrait photographique.

Découvrez lz site Migrantes  d'Anne Groisard. 

supjournalisme.jpgUn article écrit en partenariat avec 

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