En Vendée, le rugby se conjugue aussi au féminin

La Vendée aime le rugby. La preuve? Le championnat du monde des moins de 20 ans en juin  2013 à La Roche-sur-Yon. Contrairement aux idées reçues, ce sport n'est pas qu'une affaire d'hommes. L'histoire du rugby s'écrit aussi au féminin. Le premier club vendéen 100% féminin vient d'ailleurs de naître aux Sables. Parmi la quinzaine de joueuses : Amanda, 24 ans, dont 15 au service du ballon ovale. Portrait.
 

 

 

 

 

 

 

 

"A 6 ans, mon grand-père me fait découvrir le rugby"

"J'ai 6 ans et le mercredi, je le passe chez mes grands-parents, à La Roche-sur-Yon. Roger, mon grand-père, est responsable de la distribution des équipements et fait partie du conseil d'administration du FCY. Thérèse, ma grand-mère, elle, raccommode les maillots d'entraînement des joueurs. Puis papy les ramène au club. Un jour, il m'emmène avec lui, sans avoir l'idée de me faire jouer. Je suis constamment dans ses pattes. Alors, il me dit : "Vas donc jouer avec les gars!".  J'y vais. Et j'adore. Tout de suite. L'aspect collectif, convivial. Quand on débute, on joue surtout à l'épervier et au béret basque. Le contact physique, le plaquage, ça vient plus tard, très progressivement. J'accroche immédiatement et j'y retourne tous les mercredis."


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La seule fille de l'équipe et du club"

AMANDA_RUGBY_EN_JEU.jpg"Je ne joue alors qu'avec des garçons. Je suis  non seulement la seule fille de l'équipe mais aussi de tout le club. Puis Mélissa Lamour, qui a joué en équipe de France de rugby à 7, arrive très vite. Mais elle a deux ans de plus que moi donc on n'est pas dans la même équipe. Au début, ce n'est pas évident d'être la seule fille. Les garçons n'ont pas l'habitude, et en plus, je suis  très timide. Et il n'y a pas forcément de vestiaire pour moi. Alors, je me change dans le local des arbitres ou dans un camion militaire. Et mes douches sont souvent froides. Pour autant, je n'en garde pas de mauvais souvenir. A l'adolescence, c'est plus simple. Je fais désormais partie de leur "environnement" rugballistique. Et puis mes entraîneurs (Bernard Lazarette, Thierry Roy, Bertrand, Pascal Nivoix, Bernard Levacher) ont été là pour moi. Je suis très attachée au FCY."

"Mon premier (faux) essai "

"Je ne vous ai pas dit : je suis myope comme une taupe. Je joue sans lunette, autant dire, que je ne vois pas hyper bien. Et à 6 ans, pas question de porter des lentilles. C'est l'un de mes tout premiers matchs.  Une partie de ma famille est là. J'attrape le ballon. Je cours, je cours vers la ligne. J'aplatis. Je viens de marquer mon premier essai. Enfin, c'est ce que je crois. Je relève la tête, fière. Tout le monde rit et personne n'applaudit. Je ne comprends pas. En fait, je viens de déposer le ballon quelques centimètres avant la ligne. Mon premier essai n'est pas validé."
 

 

"18 ans : la séparation"

AMANDA_RUGBY_DOS.jpg"Pendant 12 ans, je ne m'entraîne pas et je ne joue qu'avec des garçons. J'aime bien. Faut dire qu'il n'y a pas d'équipe féminine dans le coin. Alors, si je veux jouer... En même temps, je ne me pose pas de question, je suis bien dans ce club. Et je ne rêve pas de jouer dans une équipe de filles. A 16 ans, j'apprends que c'est fini : je n'ai plus le droit de faire de compétition avec une équipe masculine. Une question d'assurance. Je peux juste m'entraîner avec eux et faire quelques tournois. A 17 ans, fini les matchs avec "mes potes" de rugby. La séparation est progressive mais douloureuse."

 

 

 

 

"Mes premiers pas dans une équipe de filles "

"Nous sommes en 2005. Je fais moins de rugby. J'apprends que deux filles s'entraînent avec l'équipe senior du club de Fontenay-Luçon. Je les contacte. Et très vite, je les rejoins chaque jeudi soir, après le lycée, pour quelques essais et autres plaquages. Je continue mes entraînements le mercredi au FCY. C'est de l'organisation, du temps. Mais c'est loin d'être une contrainte. Ça me fait du bien."

"L'année suivante, je pars faire mes études : une prépa kiné. A Nantes puis à Rennes. Le rugby, c'est ma vie. Pas question d'arrêter. Pour la première fois, je joue dans des équipes 100 % féminines : l'ANRF (Association Nantaise de Rugby Féminin) et le SRR (Stade Rennais Rugby). Jusqu'ici, je n'avais joué qu'avec des garçons. Je suis déroutée, intimidée même. Et puis le jeu n'est pas le même : on joue à 7 et non plus à 12 comme c'était le cas à La Roche. Le rugby féminin est moins puissant mais plus technique. Les filles m'expliquent. Je m'adapte."

"A Rennes, je découvre le rugby de haut niveau. Encore plus technique. Je suis emballée. Mais avec la préparation des concours, je ne peux pas m'investir autant que je le voudrais. Le haut niveau, c'est beaucoup de discipline, c'est dur de suivre le rythme. Je venais d'un club familial, j'arrive dans un club pro. La rigueur et les objectifs sont différents ."

 

"A 17 ans, je fais un stage à Marcoussis, l'antre du rugby français "

"A Luçon, j'ai l'occasion de participer à plusieurs entraînements régionaux avec d'autres joueuses des Pays de la Loire. Une sélectionneuse nationale me repère. Je pars trois jours à Marcoussis, l'antre du rugby français. Il s'agit d'un stage de pré-sélection pour l'équipe de France! Je suis fière. Surtout pour mon grand-père qui m'a fait découvrir le rugby. Je me mets un peu la pression. C'est une bonne expérience. Cela montre que le rugby féminin existe. J'apprends un tas de choses. Mais c'est éreintant, physiquement. Et ce n'est pas mon rêve de faire carrière dans le rugby. Ce stage, je le fais surtout pour mon grand-père. Je ne suis pas prise. Je suis déçue, pour lui. Moi, je passe très rapidement à autre chose. J'ai une autre idée en tête : celle d'être kiné."

 

"Le retour dans le club cher à mon cœur"

"Ça y est! Je suis diplômée. Un poste de kiné m'attend à l'hôpital de La Roche-sur-Yon. Pendant mes études (trois ans), j'ai complètement arrêté le rugby. Cela me manque. J'ai toujours eu envie d'être kiné dans un club de rugby. Alors je recontacte le FCY, le club de mes débuts, si cher à mon cœur. Et chaque mercredi soir, je vais soigner les joueurs lors de leur entraînement en tant que bénévole. Un bon prétexte pour revoir les vieux potes qui ont grandi et qui ont maintenant du poil aux pattes et au menton (rires)."

 "Le premier et unique club de rugby 100 % féminin de Vendée "

AMANDA_RUGBY_PHOTO_DE_TETE.jpg"Un jour, au boulot, un collègue vient me parler de rugby. Il sait que j'en fais et sa femme joue avec l'équipe "Les Rugby girls sablaises" au sein du club du RCS (Rugby Club Sablais). J'ignore totalement son existence. On est en avril 2012. Je rejoins l'équipe. Enfin, avec moi, on est quatre. Mais on s'entraîne sérieusement chaque semaine. L'ambiance est très sympa, conviviale, tout ce que j'aime."

"Il y a un mois et demi (ndlr : en avril 2013), nous sommes devenues un club à part entière : le Vendée Rugby féminin. Le 1er et unique club de rugby 100 % féminin de Vendée ! Pour l'instant, on est une quinzaine dont trois cadettes (moins de 15 ans). Notre effectif augmente. Pour deux raisons : avec le Championnat du monde des moins de 20 ans qui se déroule actuellement, les médias locaux s'intéressent au rugby sous toutes ses formes. Et donc à nous. Et puis, nous sommes le seul club féminin du département! Avant la création du Vendée rugby féminin ce printemps, les Vendéennes de 16 à 18 ans, joueuses de rugby, ne pouvaient plus pratiquer leur sport. Il n'existait rien pour elles. Aujourd'hui si!"

"Cette saison 2013-2014, on intègre le championnat. On recherche des joueuses! Allez les filles, contactez-nous!!!"

 

 

"Le rugby féminin à un tournant de son histoire "

"L'idée d'un rugby au féminin n'est pas très présente dans les esprits. Il y a 18 ans comme aujourd'hui. Heureusement, les choses changent et dans le bon sens. Notamment grâce à la FFR. Depuis un an ou deux, la Fédération Française de rugby investit beaucoup dans le rugby féminin (subvention, initiation)."

"Les esprits sont de plus en plus ouverts. Le "problème" en Vendée, c'est que les filles de 18 ans partent encore très souvent faire leurs études dans d'autres départements et jouent dans le club local ou universitaire. Ce qui nous pénalise ici. Mais, bon, après, elles reviennent! On espère vraiment que l'initiative sablaise va donner des idées et faire des petits."

 

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Pour contacter le Vendée Rugby Féminin. 

Emilie Charrier est la présidente.

 Tél. 06 63 40 07 85. emilie.charrier@orange.fr 

Vous pouvez aussi consulter leur blog et sa galerie de photos.